« I have a dream », « No Pasarán », « Let Europe Arise », ces phrases sont devenues des slogans universels. Elles sont les symboles d’un siècle d’histoire marqué par de célèbres discours, ceux de grandes figures qui, en quelques mots, ont frappé les mémoires. De Dolores Ibárruri à Joachim Gauck, de Winston Churchill à Dominique de Villepin, ces hommes et femmes ont été porteurs d’un message désormais inscrit au patrimoine de l’Histoire. De ces moments forts, salués par la postérité ou tombés dans l’oubli, on se souvient d’une phrase, mais que sait-on de leur histoire et des coulisses de leur fabrique ?

 

Une série écrite par Aurélie Luneau et Jean Bulot
Une production ARTE G.E.I.E, KINO et TEMPS NOIR

Un projet crossmédia de France Inter, Deutschlandfunk et ARTE, en coopération avec My House of European History et AFP

« I have a Dream » – Martin Luther King

24 août 1963 – Washington
En marche vers l’égalité civique

En une phrase, Martin Luther King a su illustrer son combat pacifique pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis. A l’époque, ils étaient mis à l’écart de la société et victimes de discriminations racistes institutionnalisées. Nous sommes en 1963, à la fin d’une journée d’été où près de 250 000 personnes ont marché à Washington pour l’emploi et la liberté. Prononcé devant une foule immense, ce discours trace un chemin pour un rêve, mais rappelle aussi à l’Amérique ses erreurs, ses oublis et ses promesses non tenues. Cette marche à Washington est-elle un tournant ? Quelle est la genèse du « I have a dream » de Martin Luther King ? Aujourd’hui le rêve de Martin Luther King reste-t-il un combat ?

« No Pasarán » – Dolores Ibárruri

19 juillet 1936 – Madrid
Une phrase pour résister

« No Pasarán » : on voit apparaître ce slogan sur les murs et sur les banderoles d’Europe et d’ailleurs dès que l’extrême-droite gagne du terrain ou que son retour au pouvoir semble probable. Ce cri est né en Espagne pendant l’été 1936. Au lendemain du coup d’État de Franco, à Madrid, une femme, Dolores Ibárruri, députée communiste, appelle à la résistance sur les ondes de la radio madrilène. Pendant les trois années de la guerre d’Espagne, « No Pasarán » et son oratrice seront l’un des symboles forts du camp républicain. Quel est le parcours de cette femme qu’on surnommait la Pasionaria ? Comment son cri est-il devenu un slogan universel dépassant les frontières et le temps ?

« Let Europe arise ! » – Winston Churchill

19 septembre 1946 – Zurich
La pierre anglaise de la maison européenne

On l’oublie souvent, mais c’est un honorable anglais du nom de Winston Churchill qui popularisa l’idée de « maison européenne commune ».  Et pourtant, cela n’a pas empêché les Britanniques de se prononcer pour un départ de la famille européenne ! C’est le 19 septembre 1946, à l’université de Zurich, un an après son échec aux élections législatives, que l’ancien Premier ministre britannique décide de délivrer l’un de ses discours les plus fameux. Ce jour-là, il rappelle aux Européens que si les canons ont cessé de tuer, les horreurs passées peuvent encore se répéter. Mais qu’entendait Winston Churchill par « États-Unis d’Europe » ? Quelle place imaginait-il pour la Grande-Bretagne dans cette Union ?

« ET c’est un vieux pays… » – Dominique de Villepin

14 février 2003 – New-York
Non à la guerre d’Irak

L’ONU est sans doute l’un des temples fameux des discours de notre siècle.
C’est ici à New-York que les chefs d’États et leurs représentants unissent ou dissocient leurs voix.
Février 2003, à la table du Conseil de sécurité, deux camps s’opposent au sujet de l’Irak : celui de la guerre contre Saddam Hussein portée par les États-Unis et la Grande-Bretagne, et celui de la paix dont la France prit la tête. Le 14 février, le ministre des Affaires étrangères français, Dominique de Villepin, trace par les mots un chemin vers une solution pacifique et se fait ainsi le porte-parole des nations et des peuples opposés à cette guerre. Malgré tout, le conflit aura lieu et quatorze ans après, comme le prédisait le ministre français, la paix reste encore à construire. Quels ont été les dessous de cette bataille diplomatique ? Pourquoi ce discours résonne-t-il encore à l’ONU aujourd’hui ?

« Silence » – François Hollande – Joachim Gauck

4 septembre 2013 – Oradour-sur-Glane
Face aux bourreaux d’hier et d’aujourd’hui

Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944 : 642 hommes, femmes et enfants sont assassinés par des soldats SS. Près de 70 ans plus tard, pour la première fois, un chef d’État allemand se rend dans le village martyr devenu le symbole de la barbarie nazie. Le 4 septembre 2013, les présidents François Hollande et Joachim Gauck sont dans les rues de ce village dont on a sauvegardé les ruines, pour honorer la mémoire de ces victimes. L’un n’a pas connu la guerre mais se souvient des visites en France de Konrad Adenauer et d’Helmut Kohl, l’autre est né sous le IIIe Reich, a vécu en Allemagne de l’Est et est devenu député aux lendemains de la chute du mur. Deux hommes, deux générations, deux pays, deux discours pour une même histoire en partage, au service de la réconciliation franco-allemande. Quelle promesse François Hollande fait-il à Oradour ? En quoi Joachim Gauck est-il porteur de la mémoire d’une jeunesse allemande ?