BIBLIOGRAPHIE

Le regard de l’histoire – Fayard

Sarah Farmer, Oradour, 10 juin 1944, Perrin, collection Tempus, 2007

Jean-Jacques Fouché, Oradour, Liana Levi/Piccolo, 2001

Guy Perlier et Hélène Delarbre, Oradour-sur-Glane, La Geste Limousine, 2017

Hervé Kempf, L’Elysée selon François Hollande, L’Archipel, 2016

LE DISCOURS DE FRANÇOIS HOLLANDE

 

Monsieur le Président de la République fédérale d’Allemagne,
Mesdames, Messieurs les élus,
Monsieur le Maire d’Oradour-sur-Glane,
Mesdames, Messieurs les représentants des victimes,
Messieurs les survivants,
Mesdames, Messieurs,

« Silence » : ce mot, ce mot seul, s’inscrit sur le panneau qui se dresse devant chaque visiteur à l’entrée du village d’Oradour-sur-Glane. Il fallait un événement exceptionnel pour rompre ce silence. Cet événement exceptionnel, Monsieur le Président, c’est votre venue ici dans ce lieu où l’horreur fut commise et où la mémoire est scrupuleusement gardée. Je mesure la signification de votre présence. Vous êtes la dignité de l’Allemagne d’aujourd’hui, capable de regarder en face la barbarie nazie d’hier.

Car ici même s’est produit un crime, le pire des crimes, un crime contre l’humanité.

C’était il y a 69 ans, au mois de juin 1944. La division Das Reich traverse le Limousin pour rejoindre la Normandie. Sa chevauchée funeste commence à Tulle, où 99 jeunes hommes sont sacrifiés par pendaison. 141 autres seront envoyés en camp de concentration, 101 ne reviendront jamais. Chaque année, le 9 juin, dans cette ville, cette ville de Tulle dont je fus le maire, une marche, silencieuse aussi est organisée. Elle rappelle le martyre. Aux balcons des maisons, la population accroche des guirlandes, à l’endroit même où se balançaient les corps sans vie le 9 juin.

Le lendemain à Oradour-sur-Glane, la plupart des habitants sont dehors, sur la place de la mairie, sur la halle du marché, sur le parvis de l’église. Les enfants sont à l’école. La vie est là, encore là, insouciante. Elle va brutalement s’arrêter.

Peu après 14 heures, la division Das Reich pénètre dans le village. Elle demande que des otages lui soient remis. Elle rassemble la population. Le docteur Desourteaux, qui remplit la fonction de maire, refuse d’en désigner et s’offre lui-même en sacrifice pour l’ensemble de la population. En vain.

Les 190 hommes et garçons âgés de plus de 14 ans sont alors arrêtés, parqués dans des granges et fauchés à la mitrailleuse. Les 245 femmes, les 207 enfants sont rassemblés dans l’église, où ils sont brûlés vifs. Partout, dans chaque rue, dans chaque maison, les survivants sont traqués, assassinés un à un, pour qu’aucun ne puisse témoigner de cette abomination. Oradour est entièrement livré aux flammes. Pour qu’il ne reste rien. C’était l’intention des barbares.

Il a fallu des jours et des jours pour déblayer les ruines, et pour donner aux rares corps qui restaient, à ces corps suppliciés, un âge, une identité, un nom.

Il a fallu des mois pour imposer que tout soit figé, pour que tout demeure. Et que rien ne s’efface. Oradour devenait ainsi monument historique.

Nous aurions dû dire à l’époque : Monument de l’histoire.

Il a fallu ensuite des années pour établir la vérité, connaître les coupables. Des années encore pour tenter d’obtenir leur condamnation et l’extradition des chefs SS, sans jamais y parvenir.

Il a fallu des décennies enfin, pour que les familles des victimes d’Oradour disposent d’un monument qui puisse transmettre – c’était l’intention du Conseil général – aux générations suivantes, le récit de ce drame. C’est le Centre de la mémoire. Il fût lancé par François Mitterand, c’était en 1994, et inauguré par le président Jacques Chirac cinq ans plus tard. Il a fallu des décennies, toujours, pour que soit aussi reconnu le drame des incorporés de force et que le Limousin et l’Alsace fassent la paix des mémoires. Comme l’ont proclamé courageusement le Maire d’Oradour, Raymond Frugier et celui de Strasbourg, Roland Ries.

Car seule, je dis bien seule, la vérité fonde la réconciliation.

Monsieur le Président, au lendemain de la guerre, nos deux pays ont décidé avec courage, et je pense à Konrad Adenauer et à Charles de Gaulle, de partager leur avenir en surmontant le passé. Des images nous viennent à l’esprit. La visite du chancelier Adenauer à Colombey-les-deux-Eglises, c’était en 1958. La visite aussi du général de Gaulle, son discours à la jeunesse allemande, à Ludwigsburg, c’était en 1962. Nous avons aussi dans nos souvenirs, Helmut Kohl et François Mitterand, main dans la main, à Verdun, c’était en 1984.

Aujourd’hui, votre visite, Joachim Gauck, à Oradour-sur-Glane confirme que l’amitié entre nos deux pays est un défi à l’Histoire, mais aussi un exemple pour le monde entier. Sa force s’illustre en cet instant même, ici à Oradour-sur-Glane.

Cette amitié, elle nous dépasse, elle nous oblige. Cette amitié, elle fonde le projet européen. Deux fois au cours du dernier siècle, notre continent s’est embrasé. Parce qu’alors, toujours l’emportaient les désirs de revanche. Et puis un jour, en s’éveillant du pire, du pire massacre de l’Histoire et dont l’holocauste fut le stade ultime, des Européens ont jugé qu’il fallait arrêter, une fois pour toutes, la machine infernale. Et qu’il ne fallait plus envoyer au front la génération suivante. Ils ont bâti une belle maison, une maison accueillante : l’Europe. Ils nous ont fait le plus beau legs qui soit, celui que nous devons entretenir : la paix.

Mais la paix, comme la démocratie, ne sont pas des acquis. Car pour les peuples comme pour les individus, tout se conquiert et se reconquiert à chaque génération. C’est pourquoi notre présence, Monsieur le Président, est bien plus qu’un symbole, c’est l’affirmation d’une promesse.

Promesse d’honorer, partout et toujours, les principes qui sont bafoués par les bourreaux d’hier mais aussi d’aujourd’hui.

Promesse de défendre les droits de l’Homme chaque fois qu’ils sont violés. Près de chez nous ou loin d’ici.

Promesse de refuser l’inacceptable partout où il se produit.

Cette vigilance, cette intransigeance, nous les devons aux suppliciés du 10 juin 1944. Ils nous rappellent à nos devoirs. Ils parlent à nos consciences, ils sont les témoins qui brisent l’indifférence quand elle devient lâcheté.

En septembre 1944, le poète Jean Tardieu écrivait un texte en hommage aux morts d’Oradour-sur-Glane : «Oradour n’a plus de femmes, Oradour n’a plus d’hommes, Oradour n’a plus de feuilles, Oradour n’a plus de pierres, Oradour n’a plus d’église, Oradour n’a plus d’enfants. Oradour n’est plus qu’un cri». Et bien ce cri, Monsieur le Président, je l’entends encore et je l’entendrai toujours quand il y aura d’autres massacres de par le monde.

J’entends aussi les paroles des survivants et je les salue, Robert Hebras, Jean- Marcel Darthout, ils sont ici aujourd’hui. Je veux leur exprimer le respect de la Nation tout entière, celle que je représente, mais aussi saluer leur grandeur d’âme. Il en fallait aujourd’hui pour faire ce geste d’hospitalité.

Mesdames, Messieurs,

Dans tout lieu de malheur, il y a une fleur qui parvient à éclore.

Ici, parmi les ruines d’Oradour, il y a un chêne robuste et majestueux. C’est l’arbre de la liberté. Il avait été planté pendant la Révolution de 1848 pour consacrer ce qu’était à l’époque le suffrage universel, celui des hommes. Mais aussi pour abolir enfin l’esclavage.

Alors, ici, des hommes et des femmes avaient voulu planter cet arbre pour saluer ce moment.

Eh bien, cet arbre-là est sorti indemne au milieu des cendres le 10 juin 1944. Il a survécu comme pour illustrer qu’au-delà des épreuves, au-delà des générations, le combat pour l’humanité continue.

Monsieur le président,

C’est cette confiance dans la liberté, cette espérance dans la démocratie, cet attachement à la paix que nous sommes venus ici ensemble, Président de la France, Président de l’Allemagne, exprimer donc aujourd’hui à Oradour.

C’est le message d’Oradour.

Il vivra. Il vivra perpétuellement. Merci.

LE DISCOURS DE JOACHIM GAUCK EN FRANÇAIS

 

Oradour vit. Il existe un nouvel Oradour, un nouveau lieu où des hommes vivent ensemble. Néanmoins, le souvenir de l’ancien Oradour demeure ici indélébile.

Ce  lieu  et  ses  habitants  ont  été  anéantis  par  un  crime  d’une barbarie sans nom. Seules quelques personnes ont survécu. Le massacre d’Oradour a été exécuté par des soldats obéissant à des ordres allemands. C’est pourquoi venir en ce lieu est une lourde démarche pour tout Allemand, quel que soit le temps écoulé depuis.

Pour la première fois, le plus haut représentant de l’Allemagne a été invité à se rendre à Oradour-sur-Glane et à prendre la parole ici devant  vous.  En  ma  qualité  de  président  de  la  République  fédérale d’Allemagne,  je  pressens,  et  en  tant  qu’homme,  je  ressens  ce  que cette décision signifie pour la France et les Français, mais surtout pour tous  ceux  qui  ont  survécu  au  massacre  et  pour  les  membres  des familles de ceux qui ont été cruellement assassinés.

Je sais en effet que votre invitation au président allemand est un geste de bienvenue, de bonne volonté, un geste de réconciliation, un geste que l’on ne saurait réclamer mais que l’on ne peut que recevoir en  cadeau.  Et  c’est  avec  gratitude  que  je  reçois  ce  cadeau.  Je  vous regarde,  Monsieur  le  Président  François  Hollande,  je  vous  regarde, Monsieur Hébras et Monsieur Darthout, et je vous regarde, les familles des victimes assassinées. Je voudrais tous vous remercier au nom de tous les Allemands de venir au-devant de nous avec cette volonté de réconciliation. Je ne l’oublierai jamais.

Comme  citoyen  allemand,  je  me  suis  réjoui  de  la  succession d’actes et de symboles de réconciliation qui ont commencé très tôt. Et aujourd’hui, en tant que président allemand, je me réjouis tout autant de  pouvoir  vous  rencontrer,  vous,  les  survivants  et   les  familles  des victimes. Nul ne peut mesurer ce que, pour vous qui avez été des témoins directs,  cela  signifie  vraiment  de  vous  remémorer  sans  cesse  ce  qui s’est passé à Oradour, ce que cela signifie pour vous personnellement, mais  aussi lorsque  vous  relatez  les  événements  à  ceux qui  sont  nés après vous. Votre témoignage, que je viens de vivre, parle plus que tout pour la nécessité du travail de mémoire, mais aussi pour l’esprit de réconciliation qui vous emplit.

Aussi généreux que soit ce geste de réconciliation,  il ne peut pas pour autant me libérer de l’effroi profond que je ressens à l’égard de l’immense culpabilité assumée par les Allemands ici-même. Avant  moi,  beaucoup  d’autres  représentants  et  citoyens  de l’Allemagne ont déjà reconnu cette culpabilité, comme l’ensemble des crimes de l’Allemagne nazie. Et moi aussi, je m’inscris aujourd’hui dans cette tradition et je vous le dis : Oradour et les autres lieux de barbarie et d’atrocités en Europe, nous ne les oublierons pas.

Je pense au Limousin, à Tulle, à Lidice, à Sant’Anna di Stazzema, à Kalavrita, théâtres tous de crimes atroces et d’une terrible brutalité dont les victimes ont été des femmes et des hommes, des vieillards et des enfants, des malades et des bien portants. C’est avec peine que, aujourd’hui, nous arrivons à comprendre que des «hommes ordinaires» aient pu devenir des meurtriers sans conscience. Et pourtant, cela s’est produit,  au  cœur  de  l’Europe,  ici  à  Oradour  et  en  beaucoup  d’autres lieux en Europe.

En 1946,  dans  son  ouvrage  intitulé  «Die  Schuldfrage»  («La culpabilité allemande»), qui évoque et distingue plusieurs niveaux de culpabilité, le philosophe allemand Karl Jaspers formule sa thèse d’une culpabilité  morale  collective  des  Allemands  pour  les  événements  de 1933-1945.  Il  écrit :  «Les  conditions  spirituelles  de  vie  en  Allemagne étaient  telles  qu’elles  ont  permis  l’avènement  d’un régime  pareil ;  de cela, tous ensemble, nous sommes coupables.» Son idée était claire : tous les membres de la société de l’époque partageaient la responsabilité de ces «conditions spirituelles de vie en Allemagne», c’est-à-dire qu’ils étaient également coupables des actes qui  ont  été  la  conséquence  de  cet  état  d’esprit.  C’est  une  thèse controversée qui a suscité des débats difficiles. Demeure à ce jour encore la question de la culpabilité individuelle des  exécuteurs  dans  des  lieux  comme  Oradour.  Ces  exécuteurs venaient du milieu de notre peuple ; ils avaient un nom et un visage. Ils ne sont pas anonymes. Il incombe aux tribunaux de juger au pénal de leur  culpabilité individuelle.  Le  traitement  judiciaire  des  crimes perpétrés  par  des  Allemands  ou  des  unités  obéissant  à  des  ordres allemands n’est pas achevé, pas non plus en ce qui concerne Oradour puisque  des  enquêtes  ont  été  récemment  rouvertes  contre  des personnes  qui  auraient  pris  part  au  massacre.  Je  ne veux  en  rien préjuger des résultats de l’enquête du parquet de Dortmund.

Par le passé,  certains  exécuteurs  n’ont  pas  eu  à  rendre  des comptes. Je sais également qu’un intense débat a eu lieu en France sur la  question  des  Alsaciens  enrôlés  de  force  et  qui  ont  pris  part  au massacre. Force  est  de  constater  que  la  justice  ne  peut  être garantie intégralement  dans  la  façon  de  traiter  les  crimes  de  guerre  et  cela même  dans  l’État  de  droit.  À  l’époque,  ce  n’est  qu’

à  contre  cœur  et avec une certaine lenteur que l’État de droit a commencé à traiter les crimes  et  assassinats  atroces  du  national-socialisme.  Cela  s’explique aussi  par  le  fait  qu’après  la  guerre,  la  société  allemande  a,  dans  un premier temps, souvent refoulé la culpabilité et l’a minimisée.

Puis la jeune génération s’est lancée dans un processus difficile et a  commencé  à  poser  des  questions  avec  obstination.

Les jeunes  ont voulu discuter avec les anciens. Ils ont interrogé, ils ont débattu, ils

ont accusé, à la fois leurs parents, leurs grands-parents et leur pays. Ils ont essayé de comprendre l’état d’esprit qui régnait à cette époque et ont voulu savoir pourquoi leurs parents et leurs proches invoquaient leur innocence personnelle.

Moi  aussi,  j’ai  interrogé  mes  parents  pour  savoir  comment  ils avaient  vécu  sous  la  dictature  nazie  et  pendant  la guerre. L’insatisfaction de la jeune génération devant le traitement incomplet de la culpabilité de ses pères et de ses mères est l’une des expériences les plus fortes de l’histoire de l’après-guerre, en Allemagne de l’Ouest du moins, et cela a été l’un des moteurs de son développement.  Les  enfants  et  les  petits-enfants  des  coupables  étaient  à  la recherche de moyens pour les aider à appréhender leur propre histoire et la culpabilité des générations précédentes. Non seulement des voies juridiques,  mais  aussi  des  voies  politiques  et  culturelles,  on  pourrait même dire des voies humaines. Non pas en se disant que l’on pourrait atteindre la justice eu égard à l’envergure des crimes du passé. Mais en exprimant la volonté de redéfinir ce que Karl Jaspers appelait «les conditions spirituelles de la vie en Allemagne», de façon à ce que, plus jamais, notre pays ne soit le berceau de la xénophobie idéologique, de l’hystérie  raciste,  du  crime,  du  meurtre  et  de  la  guerre  et  qu’il devienne un «peuple de bons voisins», une partie féconde de l’Europe et de la communauté des nations, une démocratie stable et une force de paix.

C’était leur façon de répondre non seulement aux atrocités et à la guerre  mais aussi  au  processus  de  traitement  tardif,  aux  crimes impunis, au refoulement et même tout simplement à l’ignorance. Si je regarde aujourd’hui, ici à Oradour, dans les yeux de ceux qui portent l’empreinte de ce crime, je peux vous dire ceci : je partage votre amertume devant le fait que les assassins n’ont pas eu à rendre des  comptes  et  que  les  crimes  les  plus  graves  sont restés  impunis.  Cette  amertume,  je  la  fais  mienne.  Je  l’emporte  avec  moi  en Allemagne,  j’en  parlerai  et  je  ne  resterai  pas  muet.  Toutefois,  c’est dans  la  confrontation  sérieuse  avec  cette  histoire si amère  que  les Allemands ont puisé l’énergie nécessaire pour faire  de mon pays natal un  bon  pays,  un  pays  qui  refuse  d’être  «supérieur  ou  inférieur  à d’autres»,  qui  veut  construire  l’Europe  et  non  pas la  dominer. Mesdames, Messieurs, j’aimerais que vous puissiez partager, ou même faire  vôtre,  la  joie  que  je  ressens  en  constatant  que  ce  phénomène bénéfique  nous  porte  aujourd’hui  encore,  nous  donne  de  la  force  et nous réunit.

En cette occasion, je voudrais dire combien je suis heureux de l’engagement  que  M.  Frugier,  le  maire  d’Oradour,  déploie  depuis  de nombreuses  années  en  faveur  de  la  réconciliation  avec  l’Allemagne mais aussi avec ses compatriotes alsaciens. Le maire de Strasbourg est parmi nous aujourd’hui, tout comme le maire de Dachau ainsi qu’une délégation de Moyenne-Franconie. Ils sont à nos côtés aujourd’hui. Ils veulent  vous  exprimer  leur  solidarité  et  être  proches  de  vous.  Je voudrais également parler des jeunes Allemands qui, dans le cadre de l’Action  Signe  de  Réconciliation,  travaillent  à  titre  bénévole  ici  au Centre de la mémoire ou sur d’autres sites en France, qui ont participé à des camps d’été ou contribuent d’une autre manière à l’entente et à la  réconciliation.  L’année  prochaine,  d’autres  jeunes  Allemands viendront travailler ici pour aider à maintenir vivante la mémoire des crimes d’Oradour.

Dans les années qui ont suivi la guerre, la vision selon laquelle l’Allemagne  et  la  France  pourraient  un  jour  de  nouveau  envisager l’avenir ensemble, un avenir commun, pacifique et voué au partenariat devait apparaître comme un miracle. Non, cela n’a pas été un miracle, cela  a  été  une  œuvre  forgée  par  l’homme,  le  résultat  du  travail d’hommes courageux, clairvoyants et prêts à la réconciliation.

Je  tiens  à  rappeler  ici  que  la  volonté  de  réconciliation  a  été présente  très  tôt  du  côté  français.  J’évoquerai  Albert  Camus  et  ses « Lettres à un ami allemand» dans lesquelles il fait la distinction entre les Allemands et les nazis tout en soulignant expressément que ce qui importe chez l’homme, c’est l’état d’esprit et non pas la nationalité ou l’origine. Et nous, Français et Allemands, avons bien compris la mise en garde d’Albert Camus dans son roman allégorique «La Peste» selon laquelle  le  «bacille  de  la  peste»,  de  l’horreur  ou de  la  guerre,  peut ressurgir à tout moment tant qu’il se tient caché. Cette  mise  en  garde,  nos  deux  peuples  l’ont  prise  à cœur  au moment  de  faire  les  premiers  pas  sur  la  voie  de  l’amitié  franco-allemande.  Nous  l’avons  prise  à  cœur  au  moment  de  commencer  à construire  l’Europe.  Et  nous  continuons  de  la  prendre  à  cœur aujourd’hui en effectuant notre travail de mémoire dans un esprit de vérité et de véracité et en maintenant le souvenir vivant même si le nombre  de  témoins  de  cette  époque  ne  cesse  ne  diminuer.  Et  nous prenons cette mise en garde à cœur en restant fidèles à cette Europe et  en  poursuivant  sa  construction  car  elle  ne  fleurira  que  si  elle  est assise sur la liberté, la dignité de l’homme, la justice et la solidarité.

LE DISCOURS DE JOACHIM GAUCK EN ALLEMAND

 

Oradour lebt. Es gibt ein neues Oradour, einen neuen Ort des menschlichen Zusammenlebens. Aber: Die Erinnerung an das alte Oradour bleibt hier unauslöschlich gegenwärtig.

Dieser Ort und seine Bewohner wurden in einem barbarischen, in einem zum Himmel schreienden Verbrechen vernichtet. Nur wenige überlebten.

Das Verbrechen, das hier geschah, wurde von Soldaten unter deutschem Befehl verübt. Deswegen ist es für jeden Deutschen ein schwerer Gang, hierher zu kommen. Egal wie viel Zeit auch immer vergangen ist.

Zum ersten Mal ist nun der höchste Repräsentant Deutschlands eingeladen worden, Oradour-sur-Glane zu besuchen und hier vor Ihnen zu sprechen. Als Bundespräsident ahne ich und als Mensch fühle ich, was diese Entscheidung für Frankreich und die Franzosen bedeutet. Ganz besonders aber für diejenigen, die das Massaker überlebt haben und für die Angehörigen derer, die grausam ermordet worden sind.

Denn ich weiß: Ihre Einladung an den deutschen Präsidenten ist eine Geste des Willkommens, des guten Willens, eine Geste der Versöhnung, eine Geste, die man nicht erbitten kann, die man nur geschenkt bekommen kann. Und ich bin dankbar für dieses Geschenk. Ich schaue Sie an, Herr Präsident Hollande, ich schaue Sie an, Herr Hébras und Herr Darthout, und ich schaue Sie an, die Familien der Ermordeten. Ihnen allen danke ich im Namen aller Deutschen dafür, dass Sie uns mit dem Willen zur Versöhnung entgegentreten. Ich werde das niemals vergessen.

Ich war als deutscher Bürger froh über die frühen und die wiederholten Akte und Symbole der Versöhnung. Und ich bin heute als Präsident genauso froh und dankbar, Ihnen heute zu begegnen, Ihnen, den Überlebenden und Angehörigen der Opfer.

Es kann wohl niemand ermessen, was es für Sie als Zeitzeugen wirklich bedeutet, sich immer wieder neu an die Geschehnisse in Oradour zu erinnern – für sich alleine, aber auch, wenn Sie Nachgeborenen berichten. Ihr Zeugnis, wie ich es selber gerade erlebt habe, spricht mehr als alles andere für die Notwendigkeit der Erinnerung, aber auch für den Geist der Versöhnung, von dem Sie erfüllt sind.

So großherzig diese Geste der Versöhnung ist, so kann sie mich doch nicht von dem tiefen Entsetzen befreien angesichts der großen Schuld, die Deutsche an diesem Ort auf sich geladen haben.

Vor mir haben viele andere Repräsentanten und Bürger Deutschlands bereits diese Schuld, wie auch die gesamten Verbrechen Nazideutschlands, anerkannt. Und auch ich stehe heute in dieser Tradition und bekenne: Wir werden Oradour und die anderen europäischen Orte des Grauens und der Barbarei nicht vergessen.

Ich denke an das Limousin, an Tulle, Lidice, Sant’Anna di Stazzema, Kalavrita – Orte erschreckender, brutaler Gewaltverbrechen, denen Frauen und Männer, Alte und Kinder, Gesunde und Kranke zum Opfer fielen. Nur mit Mühe können wir Heutigen begreifen, wie “ganz normale Männer“ zu gewissenlosen Mördern werden konnten. Und doch ist es geschehen, mitten in Europa, hier in Oradour und an vielen anderen Orten in Europa.

Der deutsche Philosoph Karl Jaspers formulierte 1946 in seiner Schrift „Die Schuldfrage“, in der verschiedene Varianten von Schuld besprochen und bearbeitet wurden, seine These einer „moralischen Kollektivschuld“ der Deutschen für die Geschehnisse der Jahre 1933-45: „Daß in den geistigen Bedingungen des deutschen Lebens die Möglichkeiten gegeben waren für ein solches Regime, dafür tragen wir alle eine Mitschuld“.

Sein Gedanke war klar: Für die „geistigen Bedingungen des deutschen Lebens“ trugen alle Teile der damaligen Gesellschaft eine Mitschuld, also auch für die Taten, die aus diesen geistigen Bedingungen entstehen konnten. Eine kontroverse These, der harte Debatten folgten.

Geblieben ist bis heute auch die Frage nach der individuellen Schuld der einzelnen Täter an Orten wie Oradour. Es waren Täter aus der Mitte des Volkes – mit Namen und Gesicht. Sie sind nicht anonym. Der Ort für die strafrechtliche Aufarbeitung ihrer individuellen Schuld ist das Gericht. Die gerichtliche Aufarbeitung von Verbrechen, die Deutsche oder unter deutschem Befehl stehende Einheiten begangen haben, ist nicht abgeschlossen – auch nicht, was Oradour betrifft. Neuerdings wird wieder ermittelt und zwar gegen Personen, die sich an dem Massaker beteiligt haben sollen. Dem Ergebnis der Staatsanwaltschaft Dortmund möchte ich nicht vorgreifen.

In der Vergangenheit wurden manche Täter nicht zur Verantwortung gezogen. Ich bin mir auch der intensiven Debatte in Frankreich bewusst, die um die Frage der Zwangsrekrutierung von Elsässern kreist, die an dem Massaker teilgenommen hatten.

So müssen wir feststellen: Gerechtigkeit bei der Aufarbeitung von Kriegsverbrechen kann auch der Rechtsstaat nicht vollständig garantieren. Nur widerwillig und schleppend hat er seinerzeit begonnen, die großen Gewaltverbrechen aus der Zeit des Nationalsozialismus zu behandeln. Dies passt zu der Tatsache, dass in unserer deutschen Gesellschaft nach dem Krieg zunächst Schuld vielfach verdrängt und verharmlost worden ist.

In einem schwierigen Prozess begann dann die junge Generation hartnäckig nachzufragen. Die Nachgeborenen suchten das Gespräch mit den Älteren. Sie fragten, sie stritten, sie klagten an – ihre Eltern, ihre Großeltern, ihr Land. Sie forschten nach den geistigen Bedingungen jener Zeit und wollten wissen, warum sich ihre Eltern und ihre Anverwandten auf persönliche Unschuld beriefen.

Auch ich habe so meine Eltern gefragt nach ihrem Leben in der NS-Diktatur und im Weltkrieg. Die Unzufriedenheit der nachkommenden Generation mit der unvollständigen Aufarbeitung der Schuld der Väter und Mütter ist eine der großen Erfahrungen jedenfalls der westdeutschen Nachkriegsgeschichte und eine der Triebfedern ihrer Fortentwicklung.

Was die Kinder und Enkel der Täter suchten, waren Wege, mit der eigenen Geschichte und der Schuld ihrer Vorfahren umzugehen. Nicht nur juristische Wege, sondern politische und kulturelle, man könnte auch sagen: menschliche Wege. Nicht in der Annahme, angesichts der Mordtaten der Vergangenheit sei Gerechtigkeit zu erlangen. Aber doch im Willen, das neu zu gestalten, was Karl Jaspers die „geistigen Bedingungen des deutschen Lebens“ nannte. Nämlich so, dass unser Land nie wieder Hort ideologisch motivierter Menschenfeindlichkeit, von Rassenwahn, Verbrechen, Mord und Krieg werden kann, sondern ein „Volk guter Nachbarn“ werden möge, ein fruchtbarer Teil Europas und der Völkergemeinschaft, eine stabile Demokratie und eine Kraft des Friedens.

Das war die Antwort nicht nur auf die Gräueltaten und den Krieg, sondern auch auf späte Aufarbeitung, auf ungesühnte Verbrechen, auf Verdrängung, auch auf schlichte Ignoranz.

Wenn ich heute in die Augen derer blicke, die von diesem Verbrechen gezeichnet sind, kann ich hier in Oradour sagen: Ich teile die Bitterkeit darüber, dass Mörder nicht zur Verantwortung gezogen wurden, dass schwerste Verbrechen ungesühnt blieben. Sie ist meine Bitterkeit. Ich nehme sie mit nach Deutschland und werde in meinem Land davon sprechen und ich werde nicht verstummen. Aber aus der ernsthaften Auseinandersetzung mit dieser bitteren Geschichte haben die Menschen in Deutschland die Kraft gewonnen, mein Heimatland zu einem guten Land zu machen. Es will „nicht über und nicht unter anderen Ländern“ stehen. Es will Europa bauen, aber nicht beherrschen. Und ich wünsche mir, dass Sie einen Teil meiner Freude darüber teilen oder sogar zu Ihrer Freude machen können, dass uns dieses Gute bis heute trägt und stärkt und zusammenführt.

Ich möchte heute meine Freude darüber zum Ausdruck bringen, dass sich Bürgermeister Frugier seit Jahren für Versöhnung einsetzt – mit Deutschland und mit den französischen Landsleuten aus dem Elsass. Der Bürgermeister von Straßburg ist heute unter uns. Und auch der Bürgermeister von Dachau und eine Abordnung aus der Region Mittelfranken, Sie sind alle hier mit uns zusammen. Sie wollen ihre Solidarität zum Ausdruck bringen und Ihnen nahe sein. Ich erwähne die jungen Leute aus Deutschland, die mit der „Aktion Sühnezeichen“ hier in der Gedenkstätte und auch an vielen anderen Orten Frankreichs freiwilligen Dienst geleistet, an Sommercamps teilgenommen haben oder auf andere Art und Weise am Werk der Verständigung und Versöhnung mitgewirkt haben und mitwirken. Auch im nächsten Jahr werden junge Deutsche mithelfen, die Erinnerung an die Verbrechen von Oradour zu bewahren.

Dass es überhaupt noch einmal einen Weg in die Zukunft, in eine gemeinsame, eine friedliche, ja partnerschaftliche Zukunft zwischen Deutschland und Frankreich geben könnte, das musste in den Nachkriegsjahren doch wie ein Wunder wirken. Aber es war kein Wunder, es war Menschenwerk, es war das Werk von tapferen, weitsichtigen, versöhnungsbereiten Menschen.

Gerade hier darf ich daran erinnern, dass es sehr früh schon von französischer Seite aus Versöhnungsbereitschaft gab. Ich darf an Albert Camus’ „Briefe an einen deutschen Freund“ erinnern, wo er unterscheidet zwischen Deutschen und Nazis und wo er nachdrücklich betont, dass es bei einem Menschen auf die Haltung ankommt, nicht auf Nationalität oder Herkunft. Und wir haben in Frankreich und Deutschland die Mahnung in Albert Camus’ allegorischem Roman „Die Pest“ verstanden, dass der „Pestbazillus“ der Grausamkeit oder des Krieges jederzeit wieder ausbrechen kann, wie lange es sich auch versteckt hält.

Diese Mahnung haben unsere Völker beherzigt, als wir die ersten Schritte auf dem Weg der deutsch-französischen Freundschaft gegangen sind. Diese Mahnung haben wir beherzigt, als wir Europa anfingen zu bauen. Und: Diese Mahnung beherzigen wir heute, wenn wir im Geiste der Wahrheit und Wahrhaftigkeit an die Vergangenheit erinnern und die Erinnerung auch dann wach halten, wenn die Zahl der Zeitzeugen immer geringer wird. Und wir beherzigen diese Mahnung, wenn wir an diesem Europa festhalten und weiterbauen, an diesem Europa, das nur Bestand haben kann auf der Grundlage der Freiheit, der Menschenwürde, der Gerechtigkeit und der Solidarität.